Grand angle

On prend du recul pour explorer une vallée du paysage numérique…

Notre vie numérique à l’horizon 2024 ? (1/2)

Notre vie numérique dans 10 ans ? C’était l’objet d’une des conférences du 10ème salon annuel Le Web - Le Web 13 - qui s’est déroulé récemment aux Docks de Saint Denis, à Paris. Où en sera-t-on à l’horizon 2024 ? Exercice de style et projections affûtées dont Nunavut vous propose un dossier complet, en deux temps. Première partie dans ce numéro de janvier 2014. Retour vers le futur (non exhaustif), chapitre 1.

Les applications mobiles avant tout.

Si personne ne peut prédire précisément où nous mèneront les avancées technologiques en matière d’Internet dans les 10 ans à venir, il est néanmoins possible d’imaginer quels seront les contours du web à cet horizon. Sur la question des réseaux sociaux, les experts tablent assez facilement sur une présence toujours plus forte du « vieux » Facebook qui, malgré un essoufflement de ses inscriptions (voire un début de désertion de certains inscrits) pèse quand même 1,1 milliards d’utilisateurs dans le monde. Surtout, son envergure financière lui garantit une incroyable capacité à racheter ce qui se fait de mieux en innovations technologiques (16 milliards de dollars déboursés pour Whatsapp, qui dit mieux ?). Et ceux qui convoquent par exemple la disparition de Myspace, incontournable il y a encore 4 ans, ils oublient un peu vite que le buzz autour de Myspace ne s’accompagnait pas des chiffres astronomiques qui ont caractérisé l’ascension exemplaire et mondiale du réseau social de Mark Zukerberg.  « De toute façon, les bouleversements se situeront ailleurs : globalement les révolutions à venir porteront sur les applications mobiles qui tournent sans friction », explique Loïc Lemeur, l’emblématique fondateur et organisateur du salon Le Web. « Les gens ne veulent plus téléphoner, passer du temps à manipuler, chercher, saisir des choses. Ils veulent appuyer et hop, obtenir le service immédiatement ».

Cap sur l’intelligence artificielle.

Cette désintermédiation permettrait, concrètement, de ne plus avoir sur soi de portefeuille par exemple, objet qui sera totalement obsolète dans 10 ans. Envie de sortir dans un bar et de commander d’un geste sa bouteille de vin avant même de quitter son appart’ ? On peut décemment penser que les applications de demain garantiront ce type de service et ce, dans tous les domaines précurseurs : tourisme, culture, loisirs, e-commerce bien sûr… De là  à parler d’intelligence artificielle, il n’y a qu’un pas que nous sommes invités à franchir. Ces applications pourront, selon ce qu’elle sauront de nous et selon l’endroit où nous nous trouverons, anticiper nos besoins, nous proposer d’elle-même le produit, le service, le conseil dont nous allons avoir l’usage, ou dont nous pourrions bien avoir l’usage dès lors qu’ils nous seront proposés… Les perspectives marchandes sont fantastiques !

Moi et mon corps en direct.

Vous connaissez le « quantified self » ? C’est la mesure de ce qui se passe dans son corps grâce des applications dédiées : après tout, quand on conduit sa voiture, le tableau de bord ne propose-t-il pas des tas d’indicateurs et d’informations sur l’état de sa voiture à l’instant T ? Niveau de carburant, d’huile, vitesse, bouchon à venir, itinéraire conseillé etc. Pourquoi, aujourd’hui, quand on se sent un peu patraque, faudrait-il rester dans le doute le temps de se prendre en main, de téléphoner à la secrétaire de son médecin, d’attendre le rendez-vous, d’aller ensuite chercher ses médicaments ? « C’est presque ringard », juge Loïc Lemeur, qui rêverait qu’un repas puisse être analysé en termes de calories par exemple, et dont les chiffres clés apparaitraient dans sa paire de Google Glass. « Ma santé, je la pilote avec mon appli » ! Il y a bien sûr ceux que cela effraye – George Orwell n’est pas loin (peut-être même est-il déjà dépassé) et il y a ceux qui se félicitent de ces perspectives.  Quoi qu’il en soit, il existe déjà des vêtements connectés qui, reliés à des applications diverses, permettent ce type de prestations. L’exemple des Google Glass (nous n’en sommes bien évidemment qu’au tout début, sa forme étant encore trop intrusive, massive) montre à quel point nous bénéficions aujourd’hui de tous les indicateurs montrant la voie sur laquelle nous sommes engagés en termes d’interconnections hommes-applis. « Je porte mes Google Glass pour travailler, cela me fait un écran en plus », se félicite le fondateur du salon Le Web.

Nos objets connectés, partout, tout le temps.

Pour lui comme pour les visiteurs du salon, il est évident que les lunettes du moment ne sont pas encore assez discrètes pour s’intégrer dans nos vies quotidiennes de façon permanente. Pour autant, nul doute que l’avenir du web passera par l’arête de notre nez ! Quel confort, pour un animateur ou un directeur commercial par exemple, de consulter tweets, messages, réactions en direct pendant une présentation ou une prestation scénique. On réglera bien assez tôt les problèmes juridiques liés à la prise de photo ou de vidéo que permettent ces lunettes - aucune lumière rouge ou notification n’avertissant le quidam croisant un porteur de Google Glass qu’il est filmé. De son côté, Frédéric Potter, fondateur de Netatmo, s’est penché sur ce qu’était le web il y a 10 ans pour mieux se projeter dans l’avenir. Astucieux. En 2003, donc, il installait avec Free, en France,  la toute première ligne de téléphonie sur ADSL, se souvient-il. A l’époque, il avait prédit qu’un jour, l’ADSL représenterait plus de 50% du marché. Bien vu : nous en sommes cette année à 56%. Son avis est donc frappé au coin de l’expérience et du flair : en 10 ans, le numérique a effectivement révolutionné le monde de la téléphonie (et de ses grilles tarifaires, au passage). Pour lui, çe ne fait pas un pli : en 2024,  les objets connectés auront investi nos vies et ce, dans tous les domaines.  « Plus de 50% de nos équipements personnels, vêtements, à la maison, en voiture, au bureau, en voyage,… seront interconnectés entre eux. »

Vive les serial entrepreneurs.

Pour Pascal Cagni, investisseur (il avait misé entre autres dans la société Netatmo), l’avenir appartient en priorité aux serial entrepreneurs. Pour lui, cette race de visionnaire a bien intégré et compris que le milliard de PC (à ce jour) et les 5 milliards de Smartphones en circulation dans le monde encapsulent toutes les success story de demain.  « Dans 3 ou 4 ans, en France, 50 millions d’objets connectés seront entre nos mains. Il faudra nourrir la bête ». L’avenir proche appartient donc à celles et ceux qui seront en mesure de produire du contenu, faire de la curation – éditer, publier et distribuer ce contenu. Encore plus concrètement, il prédit que la question des magasins « physiques » doit être étudiée d’urgence. « Il faut se poser, en matière de commerce, la question d’inverser le rapport lieu de vente physique et dématérialisé ». Aujourd’hui, les sites web trop souvent viennent en appui des boutiques. Mais pour combien de temps ? Le rapport va s’inverser. Et si, demain, tout passait réellement d’abord par le web ? Comment se présentera dès lors le magasin du futur ? « Ces questions vont prioritairement conditionner les 10 années qui viennent », prévient Pascal Cagni, qui va même plus loin : Certains objets historiques, comme la montre, n’ont aucun avenir. « C’est un produit à usage unique, qui coûte très cher, occupe tout le poignet, alors qu’il est tellement avantageusement remplacé par le smartphone. Nous avons encore tous une montre alors même que nous n’en avons plus besoin. »

Combien d’objets vont ainsi garnir les étagères de nos musées personnels ? Comment, demain, écouterons-nous la musique ? Regarderons nous nos films ? Communiquerons-nous avec nos voisins ? Consommerons-nous nos loisirs ? Prospecterons-nous nos clients ? Surferons-nous sur le web ? Et Internet, à quoi ressemblera-t-il ?  La suite de ce dossier dans le prochain Nunavut.

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