Grand angle

On prend du recul pour explorer une vallée du paysage numérique…

2 ou 3 choses à propos de la démocratie participative

Beaucoup d’initiatives et d’expériences sont aujourd'hui menées pour faciliter les échanges entre les élus, les institutions et les citoyens grâce à la démocratie participative. Un sujet dont l'idée séduit mais dont les modalités restent largement à imaginer, et sur lequel internet est un terrain d’expérimentation idéal. Décryptage.

La démocratisation - c’est le cas de le dire - des outils de communication interactive et la multiplication des actions citoyennes ouvraient la voie depuis quelques années aux nouveaux modes de consultation. De fait, il était naturel que nos institutions donnent sur leurs sites la parole aux administrés via la création de dispositifs en ligne. S’il convient de préciser qu’une telle démarche ne peut ni ne doit être mené sans une modération étroite - il en va du respect des êtres, de la parole de chacun et des lois – il est crucial de souligner que la participation directe des élus s’impose. Qui dit espace d’échanges et de dialogues suppose qu’il y ait au moins 2 participants autour de la table. Lancer en ligne des débats sur des questions sociales, urbanistiques, environnementales, culturelles, religieuses… implique pour les internautes un rapport de transparence, et l’assurance que le temps consacré ne le sera pas en vain. Le contact doit être établi sur l’assurance d’une réactivité à la hauteur de ce que propose l’outil web. Comme l’a bien résumé Pierre Barré, dans son Etude sur le développement de la blogosphère citoyenne locale (réalisée pour le compte d’ARTESI Île de France) : « la démocratie participative est considérée comme une voie de renouvellement qui a pour fonction de préciser la place et le rôle du citoyen dans le processus de décision ».  S’il est admis que ce qu’on appelle « l’e-démocratie » n’est pas exempte de paradoxes (la défiance envers les politiques ne disparait pas une fois passées les frontières du web) on constate malgré tout une très forte attente à son égard.

 

D’abord en local

Dans la lignée des cafés-débats, comités de quartiers et autres forums sociaux, la démocratie participative en ligne permet de canaliser elle aussi l’expression « du peuple » en y ajoutant un contrôle institutionnel. Il s’agit ici de capter une énergie civique qui ne demande qu’à s’exprimer. Notons qu’il existe différents niveaux d’implication des citoyens qui peuvent être amenés à s’informer, à être consultés ou à participer. Ouverts à tous ou à un public limité, il peut s’agir de témoigner, donner son opinion, débattre, proposer… ou juste critiquer. Dans tous les cas, on remarque que c’est à l’échelon local que la démocratie participative fonctionne le mieux : « le local est perçu comme un lieu de participation en lui-même mais aussi comme l’échelle la plus pertinente pour entreprendre une reconquête citoyenne », notent Rémi Lefebre et Magalie Nonjon*. Mais quelle que soit l’amplitude géographique d’une consultation, il faut veiller à ne pas tomber dans l’opération de communication politicienne, vite démasquée et rédhibitoire… Pas simple à éviter !

Suivre les bons exemples

L’histoire des médias, depuis l’apparition du télégraphe, de la radio, la télé jusqu’au minitel puis Internet, n’a cessé de sonner l’avénement de nouveaux échanges. Si le web marque une vraie rupture avec les médias classiques (infinité et instanéité des informations et échanges) l’anonymat identitaire qu’il permet est un facteur pouvant fausser les débats et compromettre l’exactitude des infos. De la même façon, le communautarisme d’opinions ou d’intérêts est difficile à appréhender, à éviter. De fait, la cyber citoyenneté, idéalisée, table sur un contributeur type qui n’existe pas. Sur le Net, la représentativité totale « du peuple » est une utopie : fractures numérique, sociale, culturelle, citoyenne, générationnelle… Internet est donc un espace de confrontation d’idées à aborder les idées claires. Est-ce pour cette raison que seuls 5 des 96 départements français (et 8 régions sur 22) sollicitaient en 2008 l’avis de leurs habitants via le web ? Du simple blog aux forums, tchats, sondages en passant par les outils de débat, la vigilance est de mise à l’heure de modérer les propos et de rester « sur le sujet » (ce qui pose par ailleurs la question du principe d’égalité et de liberté de parole). Les élus locaux passent pourtant d’une bienveillante indifférence à l’égard de la démocratie électronique à un intérêt prudent, observant avec attention les expériences en la matière.

e-démocratie : la révolution est en marche

Somme toute, tout dépend de l’objectif qui sous-tend la démarche intitiale. Car la démocratie électronique dépend moins des possibilités offertes par les NTIC que de la réelle envie d’écouter les administrés. Or, donner la parole, c’est dans une certaine mesure s’engager à en tenir compte, CQFD. Et ici, nombre de freins, voire de peurs (réponses trop pertinentes, remise en cause des gouvernances…) doivent être levés.  On ne prouvera que la démocratie électronique a de l’avenir « qu’à force d’expériences outillées, accompagnées, évaluées et partagées », comme le soulignait en 2008 Anne Le Bot dans son excellent mémoire de Master II rédigé à l’Université de Poitiers. Elle concluait par ses mots : « il ne suffit pas de mettre en place des outils communiquants pour stimuler l’investissement des habitants dans la vie de la cité, il faut en avoir envie et pratiquer ce parlé démocratique qui fait qu’un débat d’idées ne se termine pas en guerre des tranchées, et construire pas à pas une confiance réciproque. »

* « La démocratie locale en France », science de la société, Presses Universitaires du Mirail.  

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